Du 22 au 29 novembre 2024

Nous avons fait beaucoup de route depuis 2 jours. D’abord pour rallier Cobán et les merveilles naturelles « à proximité », puis pour aller voir lesdites merveilles.
La route en Colombie, ce n’était pas facile : des montagnes, du trafic. Ici, au Guatemala, il y a un peu moins de trafic. Quelques camions, des motos, et surtout des tuc-tucs et des chivas.
En revanche, les montagnes sont encore plus escarpées, et s’invitent sur la route, ou la mangent !

Au final, le trajet Panajachel-Coban de 250 km nous a pris près de 6h30, et le lendemain nous avons passé 4h aller-retour pour découvrir les piscines naturelles de Semuc Champey et les grottes de Lanquin.
Grottes de Lanquin : impressionnantes. Plus on s’avançait dans les profondeurs, plus la chaleur montait. Les visiteurs s’amusent souvent à descendre une partie du Rio Lanquin en grosse bouée. Ça s’appelle du tubing. On a passé notre tour …
Semuc Champey : le rêve
Il pleut beaucoup à Coban, une bruine légère qui s’appelle le chipi-chipi nous dit le Guide du Routard. Depuis notre arrivée, ce sont des trombes d’eau qui alternent avec le chipi-chipi. Et forcément, quand il pleut encore plus que d’habitude, le Rio déborde. Et recouvre les belles piscines naturelles turquoises. Alors, pour nous, hier, Semuc Champey était un gros bout de rivière marron. On ne gagne pas à tous les coups !
Une chose à bien anticiper quand on voyage au long cours, c’est la logistique du linge. Ben oui, on veut bien être des vagabonds, mais pas des clochards quand même !
ci, c’est le territoire du chipi-chipi … aggravé par des pluies continuelles depuis plusieurs jours (il y a des avis d’inondations émis par les autorités sur Google Maps)
Alors, à H-12 avant le départ pour la prochaine étape, quand les 2 tournées de linge sont encore trempées, il faut AGIR
4 ventilos à fond. Ça décoiffe !
On quitte Cobán sous la pluie, en espérant un temps plus clément auprès du lac Izabal.
On prend nos quartiers dans un chouette hôtel, en compagnie des agoutis. On retrouve nos copains les agoutis, ces petits rongeurs rigolos qui oublient leurs réserves de graines et donc contribuent à la reforestation …
La température augmente et le soleil se montre !
Nous visitons le très mignon Castillo San Felipe, bâti par les Espagnols au XVIème siècle pour protéger les routes commerciales, défendre les bateaux des attaques des pirates. Eh oui, ambiance Pirates des Caraïbes garantie !
Matinée paresseuse, avant de prendre la route pour Quirigua !
On voit les ruines des grandes cités mayas du Mexique au Venezuela, en passant par le Guatemala et Belize, et on rencontre leurs descendants dans ces pays. Pourtant, on ne sait pas encore grand-chose des Mayas, en grande partie parce que les Conquistadores ont brûlé la quasi-totalité de leurs codex. Et que les Mayas actuels ont une connaissance seulement orale de leur histoire et leurs traditions, et ne savent plus lire les glyphes de leurs ancêtres.
Le parc rassemble des stèles commémoratives et des sculptures sacrées. La cité de Quirigua, un temps subordonnée à celle de Copan, a par la suite pris son indépendance. Elle a rayonné sur des terres fertiles et riches en jade. Et subitement, elle a été abandonnée vers 950.
Pourquoi, après avoir construit des villes qui ont regroupé des dizaines de milliers de personnes, les ont-ils toutes abandonnées au Xème siècle ? Une hypothèse est d’ordre climatique : après une phase d’inondations exceptionnelle, a succédé une phase aussi catastrophique de sécheresse, le tout s’étendant sur plusieurs dizaines d’années. Mauvaises récoltes, famines, donc émigration massive et guerres entre cités pour mettre la main sur ce qui pouvait rester de terres fertiles.
On trouve des terrains de jeu de balle dans toutes les grandes cités. Le jeu était très apprécié, mais on ne connaît pas vraiment les règles. La balle avait la taille dun ballon de sports co, mais elle pesait environ 3 kg (un ballon de foot, c’est environ 400g). Il ne fallait utiliser ni les mains ni les pieds pour renvoyer la balle dans le terrain adverse. Un football sans les pieds, ou un volley-ball sans les mains. C’était un jeu sérieux, qui pouvait servir à résoudre des conflits. Mais à combien jouait on ? Est-ce que le jeu s’accompagnait de sacrifices humains ? Mystère !
Sur le plan scientifique, on sait un peu plus de choses. Les Mayas connaissaient le zéro, et utilisaient la base 20 pour compter.
Ils disposaient de plusieurs calendriers pour se repérer dans le temps.
Un calendrier sacré sur 260 jours, un calendrier civil de 18 mois de 20 jours + 5 jours additionnels, et par là-dessus, le « compte long » qui permettait de faire le lien entre les 2 calendriers. Comme cela, on pouvait dater un événement important dans les 2 calendriers.
Comme si cela ne suffisait pas, et qu’ils étaient passionnés d’astronomie, ils ajoutaient à ces décomptes les cycles des planètes observables à l’œil nu : le Soleil. Mars, Vénus, afin de savoir si une période était bénéfique ou néfaste.
Un beau casse-tête !
Certaines pyramides servaient de calendrier (Chichen Itza par exemple, avec sa plate-forme supérieure et ses 4 escaliers de 91 marches soit … 365 positions pour les 365 jours de l’année civile).
A Quirigua, que nous avons visité, de grandes stèles de 5 à 10 mètres de haut ont été érigées tous les 5 ans, pour marquer le nom du dirigeant les grands événements de la période.
L’une des stèles mentionne aussi la date de la création du monde pour les Mayas.
Chapeau aux archéologues pour le déchiffrage !
On sait aussi que les Mayas croyaient en un monde à 3 niveaux. Quand on mourait, on devait passer par l’infra-monde, un monde aquatique, avant de pouvoir rejoindre le monde supérieur. A Quirigua, de grandes sculptures montrent les têtes de dirigeants sortant de la gueule de monstres aquatiques. Il s’agirait des dirigeants dans leur voyage dans l’infra-monde, utilisant crocodile, tortue ou serpent comme véhicule.
Bye bye le Castillo de San Felipe et cap sur le Rio Dulce, qui part du lac Izabal pour se jeter dans la mer des Caraïbes
A l’embouchure du Rio se trouve la ville de Livingston.
Livingston n’est accessible que par bateau – ses habitants ne veulent pas de route. Il faut dire que leur histoire les incite à rester sur la réserve.
On s’approche de la ville garifuna de Livingston, qui n’est accessible que par bateau. L’objectif est d’être aux premières loges pour assister aux fêtes garifuna.
Les habitants de Livingston sont des Garifunas, un peuple né au XVIIème siècle du métissage entre esclaves africains échappés des colonies (les nègres marrons) et Amérindiens de la côte caraïbe.
En 1795, après avoir vécu sous la tutelle des Français, puis des Britanniques (les iles des Antilles ont été beaucoup colonisées…), les Garifunas ont décidé de gagner leur indépendance, enthousiasmés par les idéaux révolutionnaires du moment.
Galvanisés par l’exemple des colonies d’Amérique du Nord, ils ont déclaré la guerre aux Britanniques – rien que ça. Et les ont tenu en échec 18 mois. Vaincus, ils ont été déportés dans une île isolée et inhospitalière. En 1797, les survivants ont été déplacés à Roatan, au large du Honduras, d’où ils ont essaimé par la suite, en créant des villages comme Livingston.
Premier tour à Livingston. Ambiance kermesse d’école. Retour en bateau dans le noir complet, sans lumière. Impressionnant !
Retour à Livingston pour LE jour événement des Garifuna : Chaque 26 novembre, les habitants de Livingston commémorent l’anniversaire du débarquement de leurs ancêtres arrivés du Honduras en 1806. Les gens se sont faits beaux, déambulent dans les rues en buvant du rhum ou de la bière.











Avant de quitter Livingston, nous allons voir les piscines naturelles des 7 altares.
C’est parti en tuc-tuc !

Puis en balade le long de la plage
C’est un mini Semuc Champey !
Le trajet pour Copán commence par la remontée du Rio Dulce en lancha. Après avoir récupéré la voiture et nos 10 kgs de linge tout propres à l’hôtel Banana (coup de génie ! on a laissé 2 énormes sacs de linge sale à l’hôtel avant de partir poir Livingston), on prend la route. Google maps nous donne le choix entre 3 trajets. On élimine le plus court, car on n’y trouve aucune trace de poste frontière pour le Honduras. Ça doit être un chemin de contrebandiers ! On élimine le plus long, et donc on s’embarque pour 4h20 de route. Google Maps s’entête à nous faire prendre le chemin le plus long, mais on est encore plus têtu. Et nous voici sur un chemin de terre et de cailloux, avec un brouillard à couper au couteau. Ambiance Blair Witch … Heureusement qu’on a troqué la Suzuki Swift contre un 4×4.
Passage express au Honduras pour visiter le site maya de Copán.

Bien arrivés dans notre coquet hôtel de Copán Ruinas ! Le passage de frontière a été très facile. On a un long après-midi et une soirée pour prendre des forces avant LA visite !

Copán, nous voilà ! C’est la ville maya la plus au sud du grand territoire qui commençait à Palenque, au Mexique. Plus de 25 000 habitants à son apogée, au VIIème siècle. Désertée au Xème siècle par ses habitants, la cité a été engloutie par la végétation, ce qui a aidé à la préservation de ses magnifiques sculptures. Retour de balancier, car on pense que c’est à cause du déboisement intensif par ses habitants que le territoire, auparavant fertile, s’est drastiquement appauvri. On a aimé : les zones résidentielles, les grands espaces verts, le terrain de jeu de balles avec ses têtes de perroquets, les tunnels qui donnent accès aux temples les plus anciens, la reconstitution grandeur nature du temple de Rosa Lila … On dit que Copán est la deuxième plus belle cité maya après Tikal. On va crescendo !

Copán est une grande cité maya qui a connu son apogée au VIIème siècle sous les règnes de Jaguar qui Fume et de son fils Dix-Huit Lapins.
Ce n’est pas parce qu’ils avaient des noms rigolos qu’ils étaient rigolos. Les sacrifices humains étaient pratiqués dans les grandes occasions : intronisation d’un nouveau dirigeant, victoire guerrière ou achèvement d’un nouveau temple. On trouve de nombreux autels sur la grand place et auprès de chacun des temples.
On pense que la cité a été abandonnée au Xème siècle après une période de grande disette : déforestation excessive, ayant entraîné une érosion et un épuisement des sols.
Après le départ de ses habitants, la jungle a repris ses droits et c’est grâce à la végétation qui l’a recouverte que les bâtiments et les sculptures ont été si bien conservés.
Des temples ont été bâtis sur des temples plus anciens, en prenant soin de les préserver. On peut voir ces différentes strates en empruntant des tunnels. Une des strates, le temple de la Rosalia, a été reconstituée dans le musée sur le site.

Retour au Guatemala, après cette belle visite de Copán. Mention spéciale au passage de frontière : trop facile, dans un sens, comme dans l’autre. Il faut dire qu’on avait la conscience nette : 4 personnes pour une voiture à 5 places (et non pas 6 dans une voiture assurée pour 5 comme en Afrique), et armés de l’acte de naissance intégral multilingue d’Achille.
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